Comme j'aime cet instant magique où mon esprit, plus léger que l'air, s'élève, libre, à la recherche des âmes de mes ancêtres, parties depuis parfois si longtemps qu'on les croyait oubliées, mais qui, pourtant, veillent toujours, j'espère avec bienveillance, sur ceux qui sont encore sur terre.
C’est vous, Catherine, mon ancêtre, que je suis venue rencontrer aujourd’hui. Je ne sais même pas écrire votre nom : Huart avec un t en dernière lettre ou Huard avec un d ? Oui, je sais que vous ne saviez pas écrire et que vous n’avez même jamais su signer. Bon, il faut dire que, votre séjour sur terre s’est déroulé à cheval sur le 17ᵉ et le 18ᵉ siècle… Ce n’est pas tout récent. Vous avez passé la majeure partie de votre vie à Hargeville dans ce que nous appelons aujourd’hui le département des Yvelines. En tout cas, c’est dans ce village d’environ 250 âmes que vos enfants sont nés de votre union avec François Rabussier. Ce fut un beau mariage. Votre époux était maçon, fils de maçon et frère de maçons et de garde des plaisirs du roi. Votre père, Gratien, était déjà décédé, mais votre mère, Madeleine Noret (Nori, Norit Mori) était présente, le 27 juin 1689, lors de la célébration de vos noces. Je ne suis pas très sûre de l’orthographe du nom de votre mère qui ne sait pas signer.
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| Signature de François Rabussier au mariage de sa belle-sœur Marie Huart |
Vous avez au moins une sœur et deux frères, plus jeunes que vous si j’en crois les dates de leurs mariages. Je pense que vous étiez présente au mariage de votre sœur Marie, en 1697 à Hargeville puis à celui de votre frère Gratien, en 1703 à Saint-Martin des Champs puisque votre époux a signé ces deux actes de mariage.
Je suis un peu étonnée, mais vous ne seriez devenue mère, pour la première fois, qu’en 1692. Il est né le 11 juillet et a été baptisé à Hargeville et a été prénommé Barthélémy. Ce n’est pas un hasard, car c’est son parrain, votre beau-frère, qui lui a donné son prénom.
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| Signature du parrain de Barthélémy Rabussier, fils de Catherine Huart |
Un autre garçon, Pierre, arrive le premier juillet 1695, il est baptisé le 03 suivant, son parrain est Pierre Huart, qui ne sait pas signer et je pense qu’il est votre frère. Je n’ai jamais réussi à déchiffrer le nom de la marraine de votre bébé.
Le 18 octobre 1697, toujours sur les fonts baptismaux de l’église d’Hargeville, c’est une petite fille, Marie, née le même jour, qui est présentée. Son parrain est Gratien Huart, vraisemblablement votre frère et sa marraine est Marie Boisguillot ; ils ne savent pas signer.
Trois ans plus tard, le 15 octobre 1700, vous donnez le jour à Catherine qui, le lendemain, est baptisée. Son parrain est Louis Rabussier, le cousin de l’enfant, fils de Barthélémy, et sa marraine est Marie Guillon. Le parrain signe, mais pas la marraine.
Marguerite naît et est baptisée le 28 octobre 1704. Son parrain est le jeune Barthélémy Rabussier, d’Hargeville et sa marraine est la jeune Marguerite Placet, de la paroisse d’Arnouville. Ils déclarent ne pas savoir signer.
Jean François fait une brève apparition. Il naît et est baptisé le 24 janvier 1707 ; son parrain est Jean Dejou, qui est jardinier, et sa marraine Marie Henry. Le bébé décède le 10 février suivant.
Anne naît et est baptisée le 20 juin 1710. Son parrain est Jean Placet, laboureur à Méhérou, de la paroisse d’Arnouville. Sa marraine est Anne Dailly, l’épouse de Gratien Huart, votre frère, de la paroisse de Saint-Martin. La fillette décède le 28 janvier 1713, toujours à Hargeville.
Je suis certaine que quatre de vos enfants vont se marier. Vos filles Marie et Marguerite, mon ancêtre, ainsi que deux de vos fils.
Nous avons vu que c’était votre beau-frère, Barthélémy Rabussier, qui est le parrain de votre fils auquel il a donné son prénom. Je sais que votre beau-frère, que nous appellerons, si vous le voulez bien, Barthélémyl’Ancien, était, comme votre époux, leurs frères et leur père, maçons. Mais Barthélémy l’Ancien était aussi garde des plaisirs du roi, rattaché à la capitainerie de Saint-Germain-en-Laye. Je pense qu’il était vraiment le « chef » de la famille Rabussier et que ce fut un honneur de transmettre son prénom. Votre fils n’a pas été le premier à avoir ce lourd privilège, car quelque vingt ans plus tôt, Barthélémy l’Ancien, avait parrainé, le 06 février 1672, à Jumeauville, un autre de ses neveux, fils de votre autre beau-frère, Charles Rabussier. Ce prénom va être transmis sur plusieurs générations.
Votre fils, Barthélémy, est né le 11 juillet 1692, il a été baptisé le même jour. Comme tous les hommes de la famille, il est devenu maçon. De son mariage, avec Nicole Claude Marq, est né en 1714, un fils qui a été prénommé Barthélémy bien que son parrain eût pour prénom Charles. Votre petit-fils ne semble pas avoir été maçon et je ne lui connais pas de fils. Pourtant, j’ai l’impression que le souvenir de Barthélémy l’Ancien est resté car le prénom de Barthélémy est réapparu bien longtemps après cette époque. Votre fils Pierre, né en 1695, ne parait pas avoir eu de fils prénommé Barthélémy, mais il en a eu un, prénommé Simon Pierre, né en 1734, à Mézières où il est décédé, en 1814… parmi les témoins se trouve son fils, Barthélémy, âgé de 54 ans.
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| Extraits acte de décès de Simon Pierre Rabussier |
Le souvenir de Barthélémy l’Ancien, né vers 1650, a ainsi perduré, avec certitude, pendant un siècle. J’aime à penser que, peut-être, certains de vos descendants transmettent encore des bribes de l’histoire de Barthélémyl’Ancen et de ses frères.
C’est terrible, mais il m’est impossible de mieux vous connaître. Les seules traces que vous avez laissées sont celles de votre mariage, des naissances de vos enfants, je pense que vous avez assisté à leurs mariages, mais vous n’êtes citée que dans celui de votre fils Pierre. Et puis, ultime trace de vous : votre acte de décès.
Vous êtes morte, le 26 novembre 1731, âgée d’environ 65 ans, après avoir reçu tous les sacrements. Vous avez été inhumée le lendemain dans le cimetière d’Hargeville, en présence de votre époux, François Rabussier, et de vos enfants, dont Barthélémy, qui a signé avec son père.
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| Signatures de François Rabussier et de son fils Barthélémy au décès de leur épouse et mère Catherine Huart |
Votre mari vous a rejoint, subitement, il n’a donc pas eu l’occasion de recevoir les sacrements, le 14 octobre 1732. Vos fils Barthélémy et Pierre assistent à l'enterrement ; ils signent, cependant la signature de Pierre est difficile. En revanche un autre François Rabussier signe très lisiblement, mais je ne sais pas encore qui il est par rapport à votre famille... Il va falloir que je compare encore certaines signatures...
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| Signatures de Barthélémy et Pierre Rabussier au décès de leur père et celle de François au décès de François Rabussier |
Voici donc votre vie, vue à travers d’autres personnes… Je ne sais même pas où vous êtes née et avez été baptisée… Peut-être, un jour, découvrirai-je l’identité de vos parrain et marraine ?
Mon esprit doit maintenant retourner sur terre, rejoindre mon corps pour que je puisse transcrire notre rencontre afin que votre souvenir, comme celui de Barthélémy l’Ancien, se perpétue.
Catherine Livet
Ce texte a été rédigé dans le cadre du #RDVAncestral ; il vient en complément de : "L'ascension des Rabussier"
Sources - Bibliographie : Archives des Yvelines
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