samedi 17 janvier 2026

RDVAncestral avec Joseph Alleman

Je me laisse aller au fond de mon fauteuil préféré, perdue dans mes pensées. Dans un état second, presque comateux, je sens que mon esprit frémit, je dirai même qu’il piaffe d’impatience de quitter ce corps incapable de courir à la vitesse de l’éclair, de s’élever vers les cieux pour rencontrer celui d’un ancêtre qui semble l’appeler de l’au-delà…

Comme tous les ans, depuis de nombreuses années, au tout début de chaque Nouvel An, je mène une enquête pour trouver le « SOSA » — Qui est le diminutif de « la numérotation de Sosa-Stradonitz » qui permet de distinguer les individus dans une généalogie —  dont le numéro correspond à l’année qui s’ouvre. Étant dans l’incapacité de trouver mon SOSA 2026, je suis partie à la recherche de celui de mes fils.

Mon enquête, longue et laborieuse, passe obligatoirement par vous, Joseph Alleman. Cependant, j’ai déjà eu beaucoup de mal à vous localiser… alors, comment retrouver vos parents ? Pourtant, celui que je recherche est votre grand-père maternel.

Voici comment je suis arrivée jusqu’à vous : Votre fille a épousé Jean-Baptiste Leferme, un gendarme, originaire du Nord, département dans lequel ils ont vécu et où ils sont décédés. Elle a rendu son âme à Dieu, le 13 janvier 1861, à Boussières-en-Cambrésis. C’est l’un de ses gendres qui a fait la déclaration et l’acte n’est pas très conforme à la réalité… mais, je ne vais le découvrir qu’au bout d’une longue pérégrination. Votre fille est dite Marie Claire Lallemand, née à Lunel, fille de père et mère dont le déclarant ne connaît pas l'identité... c'est curieux que personne n'ait eu l'idée de demander à son époux qui lui a survécu jusqu'en 1866.

J’ai désespérément recherché son acte de naissance à Lunel, dans l’Hérault… tant et tant que, presque par hasard, j’ai trouvé son acte de mariage… et j’ai enfin fait votre connaissance. Dans cet acte, daté du 11 mars 1812, elle est appelée Claire Alleman et est dite née à Draguignan, dans le Var. Elle est la fille de, Joseph Alleman ; vous êtes gendarme et habitez à Lunel, avec votre épouse Marie Victoire Leydet dont le patronyme est écrit Teidet. Mais, je n’ai trouvé aucune autre trace de vous, ni avant, ni après cette union à Lunel.

J’ai donc cherché sa naissance à Draguignan. Elle est née et a été baptisée le 20 février 1790. Vous étiez alors cavalier de la maréchaussée et le nom de votre épouse est orthographié Leidet. Son parrain est Jean François Cotte, brigadier de la maréchaussée. Je n’ai trouvé aucune autre trace de vous, ni avant, ni après cette naissance, à Draguignan. Oh ! Comme vous avez fière allure ! Vous arborez un mousqueton armé d’une baïonnette, deux pistolets de 9 pouces de longueur pour pouvoir passer de l’arçon à votre poche si vous deviez, pour le service, aller à pied, malheur à vous si, par négligence ou inadvertance, vous oubliez Mousqueton et baïonnette qui doivent toujours vous accompagner lorsque vous êtes en service !

Pas loin du désespoir, j’ai eu l’idée de m’intéresser à votre parcours militaire. Oh ! La bonne idée ! Il est noté que vous êtes né en 1763, à Marseille, paroisse Saint-Ferréol. Mais, hélas, mon enthousiasme est vite retombé : même avec ces précieux indices, je n’ai pas réussi à mettre la main sur votre acte de baptême. Il est aussi noté que vous vous êtes enrôlé en 1779, ce qui fait que vous étiez bien jeune !

Peut-être vous êtes-vous enrôlé avec un ami ou un voisin, car le même jour que vous, le 1er janvier 1779, Jacques Andrieux, natif de Marseille, mais de la paroisse de Saint-Martin, s’est également engagé.

J’étais si heureuse de trouver votre description lorsque vous étiez soldat de la compagnie de Buffan et, déjà, à la lecture de ces quelques lignes, je vous imaginais du haut de vos 5 pieds, 6 pouces, avec vos cheveux et vos sourcils châtain, vos yeux gris, votre nez un peu relevé du bout, votre bouche médiocre, votre visage un peu basané et votre cicatrice sous le menton à gauche.

Description de Joseph Alleman (d) - (1)

Vous avez été nommé caporal le 13 août 1782, à la compagnie de Sauley. Et là, encore une fois, je me retrouve devant un problème, car vous n’êtes plus vraiment le même, sur cette nouvelle description qui a été faite à l’occasion de votre changement de mutation. Vous n’avez pas pris un pouce et vos cheveux et vos sourcils n’ont pas blanchis, vos yeux sont toujours gris, mais sont devenus gros et vous voici un peu marqué de petite vérole et avec un trou au front… Et, vous viendriez de la compagnie de Guy ! 

Seconde description du même Joseph Alleman (d) - (2)

Ma foi, peut-être avez-vous eu la variole qui aurait laissé quelques traces et vous seriez-vous blessé au front… sauf que vous n’êtes pas censé venir de la compagnie de Guy, mais de celle de Buffan et… la seconde description qui est faite de vous, est celle, mot pour mot, qui correspondait à celle de Jacques Andrieux qui, malheureux, est mort, tué à la mer, le 20 octobre 1782.

Description Jacques Andrieux - (3)

Bon, enfin, j’apprends également que votre surnom était L’Allemand et que vous êtes le fils de feu Joseph et de Marie Tardieu. Tiendrais-je ainsi le fameux SOSA 2026 de mes fils ?

Il ne me reste plus qu’à m’assurer que vous êtes bien le Joseph Alleman que je recherche.  Ah non ! Ce n’est pas possible ! J’ai trouvé votre acte de mariage. Dans cet acte daté du 24 avril 1781, qui a été dressé par le curé de la paroisse Saint-Martin de Marseille, vous êtes dit mineur et assisté de votre curateur, Jean Joseph Verlaque, bourgeois de la ville, car, non seulement vous êtes orphelin de père, mais aussi de mère… et c’est là où le bât blesse car votre défunte mère est ici prénommée Marguerite. 

Ceci dit, cet acte me permet de faire la connaissance de votre fiancée et de ses parents qui, au même titre que vous, sont mes ancêtres. Elle se prénomme Marie Victoire, elle est l’honnête fille de Michel Leydet, maître cordonnier, et de Catherine Rose Coupin. Elle est née le 28 janvier 1760 à Marseille et a été baptisée le lendemain en la paroisse Saint-Martin.

Je sais aussi que vous avez une belle sœur prénommée Thérèse. Cette demoiselle Leydet s’est mariée le même jour que vous. Elle a épousé Jean Bungartz, ébéniste, qui est né à Glehn du diocèse de Cologne, en Allemagne, mais qui réside depuis une dizaine d’années à Marseille. L’un des témoins de ce mariage, est votre curateur, Jean Joseph Verlaque.

Je suis bien contente, mais il me faut repartir sur vos traces. Et, enfin ! j’ai trouvé votre acte de baptême ! Ce n’est pas en 1763 que vous êtes né, mais en 1760, le 12 mai ; vous avez été baptisé le même jour, paroisse Saint-Ferréol de Marseille ; votre marraine semble être de la famille puisqu’elle s’appelle Marguerite Allemand. Votre mère est bien prénommée Marguerite et votre père est absent.

Baptême Joseph Alleman (d) - Archives des Bouches-du-Rhône

Je vous ai dit que, comme vous étiez à Lunel, dans l’Hérault, lors du mariage de votre fille, je vous y avais cherché, sans résultat. Mais j’ai récidivé et j’ai découvert qu’à trois ou quatre kilomètres, existaient la commune de Lunel-Viel et… j’ai trouvé plusieurs traces de vous !

Nous sommes alors en 1823, le 22 février. Vous êtes âgé de 66 ans et ancien gendarme. Vous vous êtes présenté à la mairie de Lunel-Viel pour déclarer que, la veille, chez vous, à 4 heures du matin, est née une petite-fille, que vous dites vouloir prénommer Marie Noël, de Marguerite Feroussier, l’épouse de votre fils Joseph, âgé de 22 ans, actuellement au service du roi depuis environ trois mois, mineur au premier régiment de génie. J’ai cherché désespérément le mariage de votre fils, mais je n’ai trouvé que le décès, le 16 mai 1825, de votre belle-fille. Il est indiqué qu’elle était âgée d’environ 29 ans native de Saint-Julien Le Roux, en Ardèche. Et si leur mariage avait été célébré là-bas ?

Je ne regrette pas d’avoir fait le voyage puisque, effectivement, le mariage a été célébré en Ardèche, mais je suis surprise. Je pensais que vos obligations vous y avaient conduit, mais non.

L’union de votre fils avec Marguerite Feroussier a été célébrée le 28 octobre 1821, à Vernoux-en-Vivarais, en Ardèche. Votre fils était tailleur de pierres. L’acte nous apprend que vous viviez à Lunel-Viel et qu’avec votre épouse vous aviez donné procuration à Pierre Reynaud, perruquier à Vernoux, pour qu’il autorise le mariage de votre fils.

Votre fils se remarie le 17 avril 1826, à Lunel-Viel. Il épouse Marie Poussigue, âgée de 22 ans. Vous et votre épouse êtes présents et le mariage de votre fils est autorisé par monsieur le maréchal de camp, commandant la première subdivision de la neuvième division, car le futur est toujours mineur au premier régiment de génie et porteur d’un congé illimité

Une indication capitale figure sur cet acte : votre fils est né à Mallemort, dans les Bouches-du-Rhône. Donc, vous l’aurez deviné, me voici repartie dans ce département. Bingo ! Vous étiez bien à Mallemort, avec votre épouse puisque, effectivement, elle a accouché d’un garçon, votre fils Joseph, le 09 avril 1800, vous étiez alors brigadier du détachement de la gendarmerie stationné au Pont National, territoire de cette commune.  En fait, l’acte de naissance de votre fils est daté du 19 Germinal de l’an 8, nous sommes dans une période bien sombre de l’histoire de France. Je pense que vous étiez stationné au village de Pont Royal, renommé pour l’occasion. En tous les cas, vous n’avez pas quitté la maréchaussée, mais elle a évolué. Louis XVI est alors roi des Français lorsque l’Assemblée nationale juge que la maréchaussée est très utile et décide de la conserver tout en réorganisant son corps et en la rebaptisant gendarmerie nationale et vote, en ce sens, la loi du 16 février 1791. Cependant, je n’ai trouvé aucune autre trace de vous, ni avant, ni après cet événement à Mallemort.

Les dernières traces de vous étant à Lunel-Viel, j’y suis retournée. En 1826, vous étiez ancien gendarme et, j’ai imaginé, qu’à la retraite, vous vous étiez définitivement installé à Lunel-Viel, cependant, il semble que cela ne soit pas le cas et je n’ai trouvé aucune trace ni de vous, ni de votre épouse… Votre fils, devenu alors maçon, est resté dans ce village où, en 1845, il a marié sa fille et où il est décédé, chez lui, le 05 novembre 1867.

J’ai pensé que, peut-être, vous vous étiez rapproché de votre fille et je suis allé vous chercher jusque dans le département du Nord… en vain. Peut-être avez-vous rejoint un autre enfant, que je ne connais pas, comment savoir ? D’autant plus que j’ai bien peur que votre père ait été également cavalier de la maréchaussée ? Si c’est le cas, qu’elles sont mes chances de le retrouver ?

Heureusement que je ne suis pas un élément de la maréchaussée parce qu'il faut bien que je reconnaisse que, malgré cette longue enquête, mes recherches n'ont pas atteint leur but, celui de découvrir votre grand-père maternel, le SOSA 2026 de mes fils. 

Maintenant, il faut vite que mon esprit et mon corps se retrouvent pour ne plus faire qu'un car le #RDVAncestral se prolonge sur terre avec la publication de  son compte-rendu. Qui sait ? Peut-être un jour aurais-je un #RDVAncestral avec vos parents ou vos grands-parents ? 

Catherine Livet

Sources/Bibliographie : (1), (2) et (3) : Registres de contrôle et registres matricules 1683-1815, Mémoire des Hommes - Archives départementales du Nord - Archives départementales de l'Hérault - Archives départementales de l'Ardèche - Archives départementales des Bouches-du-Rhöne - Archives départementale du Var - Musée de la gendarmerie nationale.


 

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