Avril 1896, Henriette Noyon est écrouée à la prison pour femmes de Clermont dans l’Oise.

Prologue : Bêtise et inculture l’ayant entraînée dans une sordide histoire de crime crapuleux et la Cour d’assises de la Seine l’ayant condamnée aux travaux forcés à perpétuité, sans trop bien avoir compris ce qui était arrivé, sans plus saisir ce qui continue à advenir, la jeune Henriette Noyon débarque de l’effrayant wagon cellulaire dans lequel elle a voyagé jusqu’ici.

À gauche, le palais de justice et à droite, la maison d'arrêt de Clermont dans l'Oise

 

Henriette n’a même pas le temps de lire le nom de la gare d’arrivée qu’un gardien la pousse dans une voiture qui la conduit rapidement dans la cour intérieure d’une sinistre bâtisse… Hébétée et tremblotante, elle est entraînée à l’intérieur d’une pièce, tant claire et propre, qu’elle l’étonne et la tranquillise…

Une sœur de la congrégation des Filles de la Sagesse siège, raide dans son austère habit, devant le gros livre d’écrous dans lequel elle vient de consigner l’état civil complet de la pauvre Henriette Noyon femme Muyllaërt puis, la sœur lui prend tous ses effets et en dresse scrupuleusement la liste sur la page réservée à la jeune détenue qui jusqu’ici usait de tous les artifices pour mettre ses formes en valeur, mais qui en ce moment précis ne sait pas quoi faire de sa nudité… Celle qui, quelques jours plus tôt, se laissait qualifier de fille soumise sans broncher serait-elle en train de renouer avec la décence ? La sœur, jusqu’alors indifférente à la gêne de la misérable en prend conscience et, d’un geste du menton, lui désigne, posée sur un escabeau de bois brut, une chemise de corps en toile écrue sans aucune enjolivure dont Henriette s’empare et qu’elle enfile sans rechigner… La sœur l’avise que ses vêtements vont être lavés, désinfectés et éventuellement réparés et qu’ils lui seront rendus le jour où elle quittera le pénitencier puis elle se lève pour faire quelques pas jusqu’à une porte close à laquelle elle toque légèrement avant de l’ouvrir sans attendre d’y être invitée ; elle s’efface pour faire entrer Henriette qui se retrouve dans une petite pièce proprette qui fleure le savon, face à un médecin, impressionnant dans sa blouse immaculée, qui après lui avoir fait passer la visite d’entrée à la prison centrale de Clermont dans l’Oise la déclare en bonne santé et donc apte à intégrer immédiatement la communauté…. Elle aimerait tellement rester dans cette infirmerie si réconfortante… mais l’homme de science lui dit de retourner voir la sœur qui lui remet une jupe à plis lourds en droguet rude et gris et une casaque assortie, son matricule est brodé sur un carré d’étoffe qui agrémente la manche gauche ; pour protéger ces vêtements, l’administration fournit également un tablier en toile assez grossière et, pour compléter le trousseau, Henriette reçoit également deux foulards, l’un de tête et l’autre de cou, tous les deux confectionnés dans la même cotonnade à carreaux bleus qui paraissent presque gais tant le reste de l’uniforme est triste et, pour parachever la tenue, une paire de sabots en bois brut. 


Comme Henriette en est à sa première condamnation, elle doit porter un ruban vert… signe distinctif des amendables… même si elle est condamnée à perpétuité…

Adieu coquetterie, fard aux joues, plumes au chapeau et souliers vernis… La chemise la gratte et le poids des vilains vêtements entrave ses mouvements… Elle doit laisser derrière elle l’accueillante infirmerie et se diriger dans les sombres couloirs pour emprunter un raide escalier en pierre, sur les marches duquel raisonnent les sabots qui glissent des pieds à chaque pas rendant les déplacements lents et difficiles ; tout en haut du donjon une lourde porte ferrée ouvre sur une longue pièce étroite au plafond voûté que l’unique lucarne grillagée qui perce le mur du fond ne peut éclairer… D’exigus lits de fer parfaitement alignés tracent trois rangées qui paraissent infinies à la malheureuse Henriette que les sanglots étouffent de nouveau… Une sœur, aidée par la lumière crue d’une lampe à pétrole qu’elle tient à la main, la conduit jusqu’à son lit et lui montre comment retirer la cuvette et le vase de terre vernissée de sous le matelas dont elle se servira demain pour la toilette matinale puis, comme les quarante-neufs autres occupantes de ce faramineux dortoir, elle se couche… La sœur se retire dans sa logette munie d’un judas…

Henriette, terrassée par la fatigue née des émotions contradictoires qui l’ont assaillie toute la journée, recroquevillée sur elle-même dans une dérisoire tentative de protection, tombe dans un lourd sommeil quasiment comateux duquel elle souhaite ardemment ne jamais sortir.

Catherine Livet 

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