12 novembre 2018, lettre J du #ChallengeAZ



 Jeunesse sacrifiée
 

Ce que l’on avait lu dans le « Petit Journal » du 19 décembre dernier est la stricte vérité, les jeunes gens, des enfants encore, nés en 1895 sont appelés sous les drapeaux.

C’est pourquoi, Henri Auguste Leferme, né le 09 mai 1895 à Saint-Saulve dans le Nord, intègre le 147e Régiment d’Infanterie le 31 décembre 1914 ; 279 111 autres mineurs de son âge seront incorporés à la même époque car les règles ne sont plus les mêmes que celles qui étaient connues en temps de paix.
Bon, les jeunes nés en 1894 avaient été appelés en septembre 1914 au lieu d’octobre mais la différence n’était pas notable, alors personne n’y avait prêté attention mais cette fois, c’est sûr, le changement est flagrant,  Henri Leferme, en temps de paix, aurait rejoint l’Armée en octobre 1915… il est vraiment très jeune… fougueux et plein d’entrain… prêt à bouter hors le Boche…  et c’est ainsi que, dès le 08 avril 1915, il passe soldat de première classe…
Les attaques du début du mois d’avril sont nombreuses et difficiles, les obus coupent sans cesse les fils téléphoniques rendant la communication aléatoire ; les agents de communication doivent suppléer les défaillances techniques et payent lourdement de leur personne. Les tués et blessés du 147è au début de ce mois sont très nombreux. De plus, il pleut, c’est même de la neige fondue qui se déverse sur les tranchées, écroulant le rebord des parapets et transformant les boyaux et les tranchées en véritables caniveaux, il fait froid et les hommes doivent essuyer un bombardement ennemi d’une extrême violence.
Pour cette journée du 08 avril, il est même noté dans le Journal de Marche et d’Opération « Cette période compte parmi les plus dures épreuves supportées par le 147è »

Voici où se trouve le jeune Henri Leferme au printemps 1915 lorsqu’il fête ses 20 ans !
 Ces paysages de désolation et de mort seront les dernières images qu’il verra… 

En fait, le corps du trop jeune soldat n’a pas été retrouvé, c’est le tribunal de Maubeuge, en date du 15 avril
1921, qui décrète que disparu depuis plus de 2 ans du fait de la guerre, Henri est décédé le 20 juin 1915 ; c’est ce jugement qui tient lieu d’acte de décès, il est donc consultable dans les registres de Saint-Saulve de l’année 1921. 
Il y a tellement de transcriptions à éditer qu’une table spéciale est dressée en fin du registre de cette année; il est également précisé qu’il faudra faire mention de ce décès sur le registre officiel de la ville de Saint-Saulve, dans le Nord, là où était son dernier domicile officiel, en marge des autres actes, le plus près possible de la date du décès et dans cette commune, les choses ont été bien faites : dans l’interligne, entre deux actes, l’officier de l’état civil a collé une petite feuille que l’on peut relever pour lire l’acte dessous et porte un numéro bis… 
Ces actes « bis » sont extrêmement nombreux… ils ne sont donc pas toujours immédiatement collé à un acte portant la même date de décès. 


Son nom est gravé dans le marbre des plaques commémoratives qui encadrent le Christ aux outrages de l’église Saint-Martin à Saint-Saulve ainsi que sur le monument aux Morts de la ville, juste sous celui de Georges Leferme, son oncle Mort pour la France, dans d’atroces douleurs dues à une perforation de l’estomac et d’une plaie au foie, le 08 mars 1916.


 

J’ai malheureusement rencontré beaucoup de ces trop jeunes soldats dont :

 

[Ces deux textes ont été rédigés pour un livret édité spécialement pour les commémorations du 11 novembre 1918 par la ville de Limay dans les Yvelines.]



Bon, il faut mettre une fin à cette triste litanie et vous dire à demain pour… K
Catherine Livet





8 commentaires:

  1. Une vie brisée tellement rapidement, trop jeune... Encore une fois :(

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  2. Merci Sébastien. As-tu lu mon étude sur de plus jeunes soldats encore ? J'ai fait un texte sur eux qui a été édité dans un livret spécialement pour les commémorations du centenaire de la Grande Guerre

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    1. Ah non malheureusement. Il est en ligne ?

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    2. Oui Sébastien, il est en ligne avec un autre qui parle aussi de jeunes soldats. J'ai mis un lien à la fin du présent texte : "Albert Julien Maillier et ses frères : même pas 19 ans..."
      et : "Ils sont nés en 1897 - 1898"

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  3. Triste...
    Comment les hommes peuvent-ils tomber aussi bas et envoyer des presque-adolescents sur le champs de bataille ?!

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  4. Très triste, c'est une des raisons pour lesquelles j'ai voulu parler de ces trop jeunes victimes? surtout que la majorité était alors bien plus tard qu'aujourd'hui. Merci beaucoup Katia pour le commentaire et n'hésitez pas à lire le texte que j'ai rédigé pour les commémorations de la ville de Limay et qui parle plus particulièrement de sa jeunesse durant la Grande Guerre http://becklivet.blogspot.com/p/blog-page_63.html

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  5. Tant de vies brisées... Quelle tristesse !

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  6. Oui, c'est vrai, c'est particulièrement triste lorsque la mort frappe de si jeunes hommes, c'est pourquoi j'essaie de sortir -un peu- de l'oubli tous "mes" hommes de 14-18. Merci Christelle pour cette novelle lecture

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Merci pour cette lecture.
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