E pour ce jour 6e du mois de novembre


E léphant enfin, je devrai écrire éléphante puisque je veux vous parler de Jenny et de la stupeur des habitants lorsqu’ils l’ont vu débarquer à Avesnes (sur Helpe) dans le Nord, cette ville très intimement liée à la vie des Muyllaërt et surtout des Merda-Rahïr, les branches « terribles » de la généalogie de la « P’tite Denise », ma très chère mère, Denise Beckrich ; son grand-oncle, Laurent Muyllaërt, y est né mais lorsque Jenny parade dans les rues, il est déjà Mort pour la France depuis le 14 septembre 1914 en revanche, son cousin, le Caporal Edmond Mascret assiste à l’incroyable spectacle offert par la très docile Jenny. Il faut dire que, dès le 09 août 1914, le Caporal Edmond Mascret est malade, il est envoyé en convalescence pour trois mois à Avesnes mais la région est bientôt envahie par l’ennemi… il restera donc en pays envahi pendant toute la durée des hostilités.
Destruction d'Orchies, Nord

Avant d’être à la tête de la kommandantur d’Avesnes (aujourd’hui Avesnes-Sur-Helpe) dans le Nord, le major Von Mehring était commandant de la place de Valenciennes. A son arrivée à Avesnes, il fait connaître à la population qui ne serait pas encore au courant qu’il a déjà détruit -les faits se sont passés en septembre 1914- la ville d’Orchies, aussi dans le Nord, en représailles à des actes de violences qui auraient été commis sur des militaires allemands ; il aurait dit « J’ai brûlé Orchies, si Avesnes ne se tient pas bien, elle aura le même sort »




Bon, les Allemands sont bien installés, la mairie est rebaptisée kommandantur ; les plus vastes et confortables bâtiments de la ville ont été réquisitionnés et transformés en “soldatenheim” -foyer du soldat- pour assurer le bien-être des soldats allemands.





Malgré les hommes et les chevaux qui ont été acheminés d’Allemagne dans le Nord occupé, les travaux prévus n’avancent pas assez vite alors, après avoir pris ses quartiers à Avesnes, une idée formidable traverse l’esprit du major Von Mehring… Il obtient, semble-t-il, les autorisations et les financements nécessaires car le 26 janvier 1915, la population tant civile que militaire est frappée d’étonnement et chacun se presse pour vérifier de ses propres yeux l’incroyable nouvelle qui vient de se répandre comme une trainée de poudre...

Partie de Hamburg, en Allemagne, Jenny vient de débarquer en gare d’Avesnes… Elle n’est pas venue seule, tout a été prévu, elle est accompagnée par Matthias Walter, qui à l’origine était mobilisé dans la marine impériale… mais qui, à Avesnes, va devenir le cornac attitré de Jenny… car la mystérieuse passagère est une éléphante ! Ce marin n’a bien entendu pas été choisi au hasard, il travaillait auprès d’autres éléphants avant sa mobilisation.

Il paraît que le major n’a pas fait venir que l’éléphant femelle, il aurait transformé une partie de la kommandantur en petit parc zoologique où singes, serpents et autres animaux exotiques auraient été installés.
Non seulement Jenny abat avec une grande facilité les travaux les plus lourds ; elle est chargée du débardage, elle remplace, paraît-il -je n’ai pas assez de connaissances en proboscidiens pour confirmer ou infirmer l’information- 12 chevaux, elle est même capable de pousser 16 wagons de charbon… elle aurait même redressé un train déraillé à Felleries où elle est employée à partir de juin 1916 mais en plus, elle est de tous les défilés où elle semble parader avec plaisir... Lors de ses moments de repos, elle gambade, libre, dans la forêt accourant vers Matthias Walter au moindre appel de son cornac et, ayant certainement aussi travaillé dans un cirque avant d’avoir été logée au zoo de Hamburg, elle aime ravir les spectateurs en dansant, dressée sur ses deux pattes arrières...
 
Il n’y a que les avions qui lui font peur... et encore... elle pointe sa longue trompe vers le potentiel danger et pousse un barrissement formidable... peut-être pour impressionner l’infernale machine de guerre... qui sait ?
En fait Jenny, mis à part son appétit d’ogre que la population civile est invitée à assouvir, n’a qu’un défaut : elle est allemande ! C’est sans doute pour cette raison que, non seulement, elle fait la une des journaux français mais aussi celle des journaux allemands.
Il est probable que Jenny quitte l’Avesnois le 02 avril 1917 mais alors, sans son cornac car il paraît qu’il serait blessé –ou même tué- en 1918 dans le Nord de la France.

Cent ans après, en hommage à Jenny, les artisans de Felleries, dans le Nord, ont érigé une
pachydermique statue constituée d’une ossature en acier recouverte d’osier qui a été inaugurée lors de la célèbre fête de la boissellerie de 2015 si j’ai bien compris ce que l’on m’a dit.


 A demain pour la 6e lettre de l'alphabet... F 
Catherine Livet, membre du groupe FB "de la généalogie à l'écriture

2 commentaires:

  1. Voici un article bien divertissant ! La statue est-elle encore à Felleries ? Ce n'est pas bien loin de chez moi, si elle est toujours là j'irai peut-être y faire un tour...

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  2. Oui, cet article est plus léger que tous mes autres articles de ce challenge AZ. Je ne suis pas sûre que Jenny soit exposée en permanence mais je vais me renseigner.

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Merci pour cette lecture.
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