mercredi 30 novembre 2022

ChallengeAZ 2022 : Zoé

 

Peut-être Zoé rêvait-elle d'une autre vie que celle qui fut la sienne. Je ne suis pas sûre qu'elle ait été maître de ce qui lui est arrivé dans sa jeunesse. 

Pas de chance, dès la naissance. Pourtant, sans doute, bien des personnes de son entourage devaient penser le contraire.

Zoé est née le 13 juin 1785 à Coligny, aujourd'hui dans le département de l'Ain. Elle est ondoyée à la sortie du sein de sa mère, Judith Pauline Esprit Zoé BERNARD de Sassenay, qui était chanoinesse d'Alix à Dijon. Zoé est le fruit du mariage de ses parents qui a été célébré en 1781 ; son père n'était encore que Charles de Lucinge mais, l'année de son mariage, il avait déjà lancé les démarches pour relever le prestigieux nom des Faucigny, dont il est issu. Il a reçu l'appui du révérend père Dom Luc de Lucinge qui, pour l'occasion, a dressé lui-même la généalogie des Faucigny. La généalogie de la prestigieuse maison des Faucigny, pour la même raison, a été établie par Jans, l'historiographe de Sa Majesté le roi de Sardaigne, Victor Amédée III. De nombreuses pièces ont été apportées au dossier ; elles ont toutes été vérifiées et légalisées par le baron de Choiseul, l'ambassadeur de France à Turin... C'est vrai, Monsieur de Lucinge à toutes les raisons de demander qu'on lui rende le nom de ses ancêtres.

Zoé est baptisée le 16 octobre suivant sa naissance. Son parrain est Claude Henri Etienne BERNARD de Sassenay, capitaine de dragons au régiment de Condé ; Il n'est pas présent et s'est fait représenter par Monsieur Antoine Joly. La marraine de Zoé est Anne Marie Henriette Feydeau de Brou, sa grand-tante maternelle, l'épouse du marquis Joseph de Mesmes ; elle n'a pas fait le déplacement, elle est représentée par Marie Perrine de Bellesme. La mère de Zoé aime bien rester en famille. En plus du prénom de Zoé, le bébé a reçu ceux d'Etiennette et d'Henriette. On tient aux titres et aux honneurs dans cette famille alors, à la lecture de l'acte de baptême, on fait ajouter, en marge, que l'enfant dont il est question est "née comtesse de Lucinge et baronne du St Empire" Les signatures sont pompeuses ; la mère signe "Bernard de Sassenay comtesse de Lucinge" et le père "Le comte de Lucinge Colligny", il a été autorisé, il y a quelque temps déjà, à faire usage de ce nom.

La fillette aurait pu grandir tranquillement, s'appeler Faucigny, acquérir une magnifique instruction et se préparer à devenir l'épouse parfaite d'un homme de haute noblesse. Oui mais, la Révolution est passée pas là et son père, que l'on appelle désormais, Monsieur de Faucigny-Lucinge, a été choisi, le 03 avril 1789, comme député suppléant de la noblesse aux Etats-Généraux, par le baillage de Bourg-en-Bresse. Il siègera à partir du 15 décembre suivant, à la place de Garron de La Bévière, démissionnaire.

Il avait raison de vouloir relever le nom, à n'en pas douter, le sang des magnifiques suzerains du Faucigny bouillonne dans ses veines. C'est ainsi que Charles de Faucigny-Lucinge est devenu le terrible député dont les cris et les colères sont restés dans les anales des assemblées. Chateaubriand aurait dit, en parlant de lui, "Un jour, j'étais placé derrière l’opposition royaliste. J’avais devant moi un gentilhomme dauphinois (!), noiraud, petit de taille, qui sautait de fureur sur son siège et disait à ses amis : Tombons l’épée à la main sur ces gueux-là… »
 
Comme tant d'autres, dont sa sœur Charlotte, il est obligé de quitter la France et de se réfugier, après bien des vicissitudes et des incertitudes, à Londres. En revanche, son épouse va rester et faire des pieds et des mains pour récupérer les biens de son époux, saisis, alors que les siens semblent avoir échappé à la spoliation.

Judith BERNARD de Sassenay va se démener comme un beau diable, se déplacer par monts et pas vaux et échafauder les plans les plus invraisemblables pour sauver ce qui peut l'être. Et, parmi ses idées incroyables, il y en a une que j'ai toujours trouvée complètement folle ; celle du mariage de Zoé.
 
Zoé, devenue de Faucigny-Lucinge, est à Auvillars-sur-Saône, en côte d'Or où elle est dite habiter. Une dispense des derniers bans, signée Bonaparte, premier Consul, a été obtenue, car, en ce 25 Fructidor de l'an 11, elle s'apprête à devenir femme. L'acte qui a alors été rédigé mentionne le décès de son père et le consentement de sa mère, absente. En revanche, les deux frères de la mariée, Ferdinand et Gaspard, sont présents ainsi que son oncle maternel, Gaspard-Etienne BERNARD de Sassenay... Pouvait-il en être autrement ? C'est lui, le frère de sa mère, qu'elle épouse.
Il y a une petite curiosité, très révélatrice de l'ambiance de l'époque, qu'il ne faut pas oublier de remarquer dans cet acte de mariage. Cela paraît tellement invraisemblable que le rédacteur a préféré expliquer que les mots rayés tant au présent acte qu'aux signatures le sont comme prohibés par la loi... Seule la signature de la mariée a échappé à la biffure.

 Le Z  marque la fin du #ChallengeAZ 2022 mais, bien d'autres récits, tous plus vivants les uns que les autres, vous seront présentés tout au long de l'année à venir.
 
À très bientôt,
Catherine Livet

Je vous invite à rejoindre le groupe Facebook "De la généalogie à l'écriture", vous y trouverez des idées pour écrire votre histoire familiale. 

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1 commentaire:

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