Bonjour à tous,
Le mois dernier, lorsque nous avions fait la connaissance de mes ancêtres Pierre Leferme et Jeanne Legrand, nous avions découvert la cité fortifiée de Landrecies, dans la Thiérache. Aujourd'hui, partie à la rencontre de leur fils, Pierre Antoine Joseph, mon ancêtre, nous restons dans notre actuel département du Nord, mais nous allons beaucoup nous déplacer de ville en ville.
Pierre Antoine Joseph Leferme me paraît encore bien jeune lorsque, le 29 octobre 1748, il épouse Béatrice Thérèse Deligne. Le mariage est célébré à Bouchain où la future est née, il y a environ 19 ans. Elle est la fille de François, natif de Cambrai, mais rôtisseur à Bouchain, et de Jeanne Cécile Thery. Les premiers bans ont été publiés à Bouchain, mais également à Avesnes en Hainaut, et des dispenses ont été accordées pour les autres, aussi bien par les supérieurs d'Arras que par ceux de Cambrai. Pierre Antoine Joseph réside donc dans la cité fortifiée d'Avesnes, mais il est précisé qu'il est né à Landrecies, il y a 25 ans. Les deux villes sont séparées d'une vingtaine de kilomètres et ont une histoire commune.
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| Partie du comté du Hainaut, Landrecies et Avesnes (1) |
C'est à la lecture de cet acte de mariage que je découvre le métier, plutôt particulier, de Pierre Antoine Joseph Leferme. Il est employé dans les domaines du roi, ainsi que tous les témoins de son union.
Il faut absolument s’attarder un
peu sur son métier. Le roi a concédé la perception des impôts à une compagnie
financière privée ; cette dernière verse au roi une somme d’argent qui lui
permet de bénéficier immédiatement d’un revenu sans qu’il ait besoin
d’entretenir le personnel nécessaire à la collecte des impôts ; en contrepartie, le roi concède la perception des droits à cette compagnie que l’on
appelle la Ferme Générale. Le premier but du fermier général est bien entendu
de récupérer l’argent avancé au roi puis de couvrir ses frais de fonctionnement
et enfin de faire des bénéfices… et il y en aura beaucoup.
Pierre Joseph
Antoine est l’employé du fermier général qui est donc de droit privé, mais son
travail consiste à faire appliquer les règles du roi ; en fait, il est
percepteur et douanier ; il ne travaille pas dans un bureau, il est
attaché à une brigade qui agit sur le terrain, il est donc également une sorte
de militaire.
Son statut
particulier, mi-privé, mi-fonctionnaire, et son rôle lui offrent de nombreux
privilèges. Ainsi, il est dispensé de logement de gens de guerre, du guet et de
la garde, il est bien entendu exonéré d’impôts comme la taille et de la fameuse
gabelle (impôt sur le sel) ; il a le droit de porter une arme et même d’en
faire usage, car il est protégé par les autorités puisqu’il relève directement
de la justice royale, même en cas de mort d’homme, le roi le met sous sa
protection directe et fait défense à quiconque de le troubler dans son
exercice, de le maltraiter et même… de médire de lui. En plus de sa rémunération fixe, il n’est pas
improbable qu’il touche une partie variable sur les sommes qu’il récupère et,
élément un peu surprenant, un système de retraite existera pour cette catégorie
de travailleurs dès 1768.
Tout le monde ne peut pas être employé aux domaines du roi, il faut avoir 20 ans, être catholique et jouir d’une excellente condition physique. En principe, il faut savoir lire et écrire pour entrer dans la brigade, car le commis est amené à dresser des procès-verbaux qui font foi et il faut accepter les mutations parfois nombreuses et lointaines qui permettent, entre autres choses, que l’employé ne tisse pas de liens trop étroits avec la population. C’est flagrant à l’étude des actes de naissance des enfants de Pierre Joseph Antoine qui ont pour marraine une femme choisie au sein de la famille proche et pour parrain un « collègue de travail » De toute façon, même s’il avait voulu s’intégrer à la population locale, il aurait eu beaucoup de mal ; il fait un métier qui le rend plutôt détestable aux yeux des autres et l’enrichissement quelquefois colossal des fermiers généraux ainsi que leurs pouvoirs presque sans limite, font monter la haine populaire.
Pierre Joseph
Antoine va souvent changer de lieu de vie, mais dans son cas, dans un périmètre assez
restreint. Pour se marier, il a dû demander une autorisation et une enquête a
été diligentée ; en revanche, son statut privilégié, donc enviable, lui
donne le choix de la fiancée.
En plus de ne
pas pouvoir être aimé des habitants des lieux d’exercice de son métier, il
risque également de très lourdes sanctions s’il ne fait pas bien son travail,
voir la peine de mort s’il est reconnu coupable d’entendement avec un fraudeur
ou un contrebandier… catégories qui représentent un autre risque, les attaques
contre les employés des domaines ne sont pas rares de la part des fraudeurs et
les contrebandiers s’organisent en bandes armées (voir la légende du plus
célèbre d’entre eux, Mandrin) Malgré la défense du roi, pamphlets et
caricatures fleurissent contre eux et il arrive qu’ils soient molestés par la
population.
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| Sur votre dos, je vais poser, L'argent que j'ai à vous donner (1) |
Son épouse, Béatrice Thérèse Deligne, donnera le jour à pas moins de 14 enfants... ce qui m'a permis de suivre les déplacements de la famille au gré des mutations de Pierre Joseph Antoine. Ils resteront plusieurs années à Haussy où vont naître : Pierre Jean Jacques en 1749 et Joseph François en 1751. Puis, je suis certaine que Pierre Antoine Joseph se trouve à Valenciennes en 1755 où est baptisé en la paroisse saint-Waast-en-Ville, son fils Antoine Joseph, même si l'acte est confus, il est certain que c'est lui, même s'il y a une erreur sur l'identité de la mère ; il est précisé qu'il est brigadier des employés dans le domaine du roi ; la signature de Pierre Antoine Joseph est inimitable. Cet enfant va décéder en 1757 à Solre-le-Château où la famille a accueilli, en 1756, Augustin Joseph, cité qui verra la naissance, en 1758, de mon ancêtre François Xavier, suivie en 1760 de celle de la première fille de la fratrie, Jeanne, puis en 1762, de leur sœur Marie-Magdeleine. Un garçon, André, naît vers 1764, mais je ne sais pas où, puis nous retrouvons la famille à Avesnes où naissent Marie Anne Joseph en 1765, Catherine Joseph Louise en 1766, François Louis Joseph en 1769, Hubertine Joseph Thérèse en 1771, Nicolas Victorin Joseph en 1774. Puis, en 1779, nous retrouvons une grande partie de la famille à Préseau.
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| Signature de Pierre Antoine Joseph Leferme en 1768 |
Pratiquement tous les parrains des enfants de Pierre Antoine Joseph et de Béatrice Thérèse travaillent dans les domaines du roi et les marraines sont souvent de la famille Leferme ou Deligne sans que je sache toujours qui elles sont réellement.
Pierre Jean Jacques, l'aîné de la fratrie, né le 17 octobre 1749, sera également employé dans les fermes du roi, tout comme son frère Augustin Joseph, né le 26 novembre 1756 et leurs frères François Joseph, né le 16 avril 1751, François Xavier, mon ancêtre.
La Révolution va bousculer tout ce petit monde et en 1791 tous les impôts de l’Ancien Régime sont supprimés, des fermiers généraux sont condamnés à mort ; la Ferme Générale n’existe plus ou, plutôt, elle est nationalisée et devient la Régie des Douanes Nationales, mais ses effectifs sont réduits de moitié et passent à 15 000 employés dotés maintenant d’un code des douanes et d’un tarif.
Malgré tout, Pierre Joseph Antoine va poursuivre sa carrière et devient receveur des droits des huiles et savons. Ses fils, à l'exception de l'un, vont également rester dans la fonction publique après la Révolution.
Pierre Jean Jacques devient percepteur des contributions publiques ; il décèdera le 19 septembre 1829, à Solre-le-Château, à son domicile de la rue de Bauvieu, veuf de Olimpe Joseph Tibaut.
Augustin Joseph s'est marié le 11 avril 1780 à Serbourg, avec Marie Josèphe Julie Vairon qui avait alors 19 ans. Grenadier de la 2e légion, 2e cohorte, 4e compagnie et âgé de 55 ans, il entre à l'hôpital le 12 septembre 1809, il est atteint de la fièvre adynamique. Il décède à Elsene (Ixelles) en Belgique, le 05 janvier 1810, à l'hôpital de la Cambre qu'il n'a pas quitté depuis son admission. Son acte de décès est retranscrit dans les registres de Sebourg à la date du 25 juillet 1810. Augustin Joseph, suite aux bouleversements apportés par la Révolution dans l'organisation des employés des fermes, était devenu douanier et comme le service des douanes est devenu militaire depuis 1792, il a donc très certainement participé à toutes les guerres de la Révolution puis à celles de l'Empire, dont la campagne de 1809, avec la fameuse bataille de Wagram en Autriche, durant laquelle il tombe malade. Lorsque sa veuve qui, à son tour, quitte la terre, le 18 octobre 1833, elle est dite veuve de Augustin, ancien préposé des douanes.
François Joseph semble avoir été le seul membre de la famille à avoir assisté à l'inhumation de Jeanne Cécile Théry, sa grand-mère maternelle, qui a été enterrée le 05 mars 1778, le lendemain de son soudain décès, à Bouchain ; elle était née 72 ans plut tôt à Bruxelles. François Deligne décèdera le 08 janvier 1780, mais aucun Leferme n'est présent, le lendemain, à son inhumation, à Bouchain. Ce n'est que le 29 octobre 1782 que François Joseph se marie, à Marpent, ville natale de sa fiancée, Marie Henriette Dusart ; son père est encore employé des domaines. Il est dit que François Joseph habitait à Trélon et qu'il était employé à la "brigade des traitres"... il faut croire que le curé ne portait pas dans son cœur la nouvelle fonction du marié... On peut le comprendre... Je me demande comment François Joseph, qui savait lire, a réagi en voyant ce qu'avait noté le prêtre...
Pierre Antoine Joseph, toujours receveur des droits des huiles et savons, est décédé le 17 septembre 1795 (30 fructidor de l'an 3) à La Bassée. Ce sont son épouse et sa fille, Marie Magdeleine, qui ont fait la déclaration.
Son épouse, Béatrice Thérèse Deligne, lui a survécu jusqu'au 18 décembre 1801 (27 frimaire de l'an 10), elle était âgée de, environ, 72 ans et était née le 31 décembre 1729 à Bouchain où elle avait été baptisée le lendemain, 1er janvier 1730. C'est Marie Magdeleine qui, comme elle l'avait fait pour son père, fait la déclaration de décès de sa mère.
Leur fille Marie Magdeleine est née à Solre-le-Château le 07 février 1762. Elle a donné le jour à une petite fille, née, hors mariage, le 06 septembre 1792 et baptisée dans la foulée. Son parrain est son oncle, Nicolas, né et baptisé à Avesnes le 23 mars 1774, il n'aura pas l'occasion d'embrasser la profession de son père et de ses frères, il deviendra tailleur d'habits ; la marraine est la tante du bébé, Marie Anne, née et baptisée le 17 février 1765 à Avesnes. L'enfant est décèdée le 1er janvier 1793. Sa mère, couturière, s'est mariée à La Bassée le 24 septembre 1793, avec Etienne Maurice Legrand qui était alors adjudant au 6e régiment des dragons, mais le mariage sera de courte durée car Etienne Maurice décède, le 2e jour du mois second de l'an deux, à Compiègne, dans l'Oise, probablement à l'hôpital ambulant. Les témoins de ce mariage ont été Nicolas Leferme, parrain de son éphémère nièce, et Louis Leferrme, un autre frère de l'épouse.
Louis Leferme a été baptisé, le lendemain du jour de sa naissance, le 20 septembre 1769 à Avesnes, il avait reçu les prénoms de François Louis Joseph. Il a fait partie de la Garde nationale, grenadier au 1er bataillon de Seine et Oise. Il s'est marié le 24 avril 1792 à La Bassée, avec Védastine Joseph Betremieux. Louis décèdera à l'hôpital militaire de Lille le 26 septembre 1799 (26 fructidor de l'an 7), des suites d'une fièvre lente ; il était alors sergent au 1er bataillon auxiliaire du département du Nord, dans la 7e compagnie.
Veuve, Marie Magdeleine se remarie, le 28 octobre 1807, toujours à La Bassée, avec Jean-Baptiste Lancelle, né en 1751 à Condé ; il est cordonnier, mais également officier à la retraite. Il décèdera le 14 mars 1833 à La Bassée. Marie Magdeleine est décédée à l'hospice civil de La Bassée le 29 décembre 1840.
L'histoire étant faite pour se répéter, de très lointains descendants de Pierre Antoine Joseph Leferme seront douaniers, parmi eux, Alexis, né à Bry le 11 février 1897 et son frère Robert, né le 06 août 1899 qui sera égalment membre des Forces Françaises de l'Intérieur (F.F.I) pendant la seconde guerre mondiale.
À bientôt pour la suite,
Catherine Livet
Vers Pierre Leferme et Jeanne Legrand (les parents de Pierre Antoine Joseph)
Sources
- Bibliographie : (1) Titre : Sur votre dos je vais poser, L'argent que j'ai à vous donner : [estampe] ([État avec la lettre])
Auteur : Ruotte, Louis Charles (1754-1806?). Graveur présumé - Éditeur : [s.n.] è Date d'édition : 1804-1815 - Sujet : Recouvrement de l'impôt -- France -- Caricatures et dessins humoristiques -- 1789-1815 - Sujet : Rats -- France -- 1789-1815 -- Caricatures et dessins humoristiques - Sujet : Scènes satiriques -- 1800-1869 - Sujet : Représentations animalières -- 1800-1869
Notice du catalogue : Notice de recueil : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb451578933 - Relation : Appartient à : [Recueil. Estampes. Caricatures, allégories, scènes de genre] ; 15 - Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb451607920
Type : image fixe - Type : estampe - Langue : français - Format : 1 est. : eau-forte, coloriée ; 20,6 x 28,3 cm... - Format : image/jpeg - Format : Nombre total de vues : 1 - Identifiant : ark:/12148/btv1b52523046b Source : Bibliothèque nationale de France, département Arsenal, EST-207 (15) - Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France - Date de mise en ligne : 04/08/2024
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