mardi 30 juin 2026

1Mois1CoupledAncêtres Pierre Joseph Lapostre et Angélique Banse

 

Nous avons fait la connaissance de Pierre Joseph Lapostre et de Marie Angélique Banse, à Paris, en 1868, lors du mariage de leur fils Pierre Joseph avec Henriette, fille de NicolasJean-Baptiste Leferme et de Adèle Natalie Bauduin. Le couple Lapostre-Banse tenait la loge du 9 de la rue de Bachelet, à Montmartre.

La vie devrait suivre tranquillement son cours… cependant, la classe ouvrière, qui  représente alors la majorité des habitants de la capitale, s’organise, elle est très politisée, peu obéissante, remuante et même agissante… il faut dire que les conditions de vie sont difficiles, la vie est chère, les logements insalubres, les rues sont dangereuses… de plus, les états allemands, réunis sous la direction prussienne avec à leur tête Bismarck se dressent face à la France… c’est la guerre… jusqu’au 1er septembre 1870 et la défaite de Sedan… l’armée française est anéantie et Napoléon III prisonnier…

Le 04 septembre 1870, les Parisiens se pressent devant l’affiche qui annonce le « grand malheur qui frappe la patrie » et qui pourtant ne dit pas vraiment toute la vérité.

Les boulevards s’animent furieusement et l’on entend : « À bas l’empire ! Vive la République ! Allons tous au Corps législatif ! »

La garde nationale se rend, en armes, au Palais Bourbon, on bat le rappel dans tous les quartiers… la foule s’échauffe : « Aux armes citoyens ! »

Les gendarmes à cheval semblent être là pour empêcher la marche de la garde nationale, un régiment de ligne pointe ses armes… mais la foule des Parisiens enflent et les bataillons de la garde nationale se composent au fur et à mesure de la marche vers le Palais Bourbon que personne ne peut arrêter « Vive la République ! »

La Garde nationale est une sorte de milice « civique » créée dès 1789 à la demande même des Parisiens pour défendre le bon ordre et la propriété qui, après une existence complexe et parfois mouvementée, est rappelée à l’activité en 1870 pour surveiller les fortifications de la capitale.

Léon Gambetta doté, paraît-il, d’une élocution aisée et d’une voix puissante rétablit la  République et devient ministre de l’intérieur du gouvernement de la Défense nationale, présidé par le général Trochu et où l’on retrouve Jules Favre aux affaires étrangères.

Uhlan
Infanterie prussienne

Nous sommes le 18 septembre 1870, Paris n’est bientôt plus relié au reste du pays que par les ballons et les pigeons voyageurs, les habitants des villes avoisinantes se réfugient dans Paris… les Prussiens sont signalés partout… au bois de Meudon, l’infanterie est signalée à moins de 500 mètres du pont de Joinville, les uhlans sont  entrés à Versailles, l’ennemi s’installe à Bondy, Ville-d’Avray et Saint-Cloud… les ponts, comme par exemple ceux de Saint-Cloud et de Billancourt, sautent… les Prussiens sont partout aperçus… à Sèvres, au château de Meudon… à Bougival, Rueil, Nanterre… on tente de mettre le feu au bois de Boulogne… sans
succès alors, on abat les arbres qui gênent le tir…

La proclamation de la réponse du ministre de l’intérieur galvanise la foule, Gambetta, rappelle qu’il y a juste 78 ans, la Convention abolissait la Royauté et proclamait la République de 1792, restée dans la mémoire des hommes comme le symbole de l’héroïsme et de la grandeur nationale. « Le Gouvernement installé à l’Hôtel de Ville aux cris de : Vive la République ne pouvait laisser passer ce glorieux anniversaire sans le saluer comme un grand exemple. Que le souffle puissant qui animait nos devanciers passe sur nos âmes, et nous vaincrons. Honorons aujourd’hui nos pères, et demain sachons comme eux forcer la victoire en affrontant la mort. Vive la France ! Vive la République ! Paris, le 21 septembre 1870 ».

Départ de Gambetta (1)
Le 07 octobre suivant Léon Gambetta quitte Paris en ballon, qui n’est même pas encore dirigeable, afin d’organiser la résistance à Tours…

Etienne Arago, maire de Paris, fait rétablir au fronton des monuments publics la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » ; une taxe sur le pain est établie, le prix de la viande est fixé par arrêté ministériel.

Le siège de Paris est particulièrement dur… Comme tous les autres Parisiens, les Lapostre souffrent, les épidémies se propagent dans les taudis surpeuplés et les décès sont nombreux… le peuple, affamé, se nourrit de rats, chats et chiens et même de la viande des animaux du jardin d’acclimatation, réservée paraît-il aux plus fortunés… des cantines municipales sont instaurées…

Les Français apprennent que l’Empire allemand vient d’être proclamé dans la galerie des glaces du château de Versailles le 18 janvier 1871…

Les Lapostre et les Leferme ne le savent pas encore, mais Léon Leferme, un cousin d’Henriette, vient de décéder, le 22 janvier, à Bordeaux, il était soldat du 4e régiment de Dragon depuis le 10 octobre 1870.

Jules Favre signe le 28  suivant, avec le chancelier Bismarck, un armistice qui prévoit l’arrêt des hostilités pour une période de quinze jours, la convocation d’une assemblée nationale qui décidera de la poursuite ou de l’arrêt de la guerre… mais le peuple parisien ne se considère absolument pas comme vaincu… l’armistice paraît insupportable aux Parisiens qui rejettent la nomination de trois bonapartistes aux postes de préfet de police, de chef de la garde nationale et de gouverneur… L’atmosphère devient électrique…

Le 09 mars 1871, le préfet de police, qui sent que l’insurrection n’est pas loin, pensant certainement mettre un terme à ce qu’il perçoit comme de la propagande, interdit les journaux d’extrême gauche… Cette mesure n’est pas du tout au goût des Parisiens… La tension monte encore d’un cran, les hostilités sont palpables… Le conflit est imminent, l’Assemblée transfère son siège à Versailles dès le 10 mars…

Canons de la garde nationale - Butte Montmartre (2)

Le 17 mars, Adolphe Thiers envoie la troupe sous le commandement du général Lecomte s’emparer des canons de la garde nationale… Le point de non-retour vient d’être atteint…

Plus tard, nous dirons « période insurrectionnelle » pour parler des évènements qui vont suivre et qui vont marquer durablement les Lapostre… et si maintenant, nous ne connaissons plus bien cette époque de notre histoire, il n’en a pas toujours été ainsi et le monde entier a suivi avec beaucoup d’intérêts les péripéties françaises, Karl Marx ayant probablement joué un rôle certain en diffusant un violent pamphlet à ce sujet, traduit en plusieurs langues y compris en allemand, « La guerre civile en France »… c’est bien de cela dont il s’agit : les Français prennent les armes contre les Français… »

Le 18 mars, on érige des barricades… 

 

Barricade de la rue de Flandre, 18 mars 1871 (3)

Tout se passe à deux pas de la rue Bachelet où toute la famille est réunie… Même les fils Lapostre, qui n’habitaient pas le quartier, sont venus s’installer, avec femme et enfants, dont Henriette Leferme,  au 9 de la rue Bachelet…

Les Versaillais sont dans la place… et malheureusement nous retrouvons les Lapostre – en particulier Adolphe, l’un des fils de Pierre Joseph et Marie Angélique Banse - avec certitude, lors de la semaine sanglante pendant laquelle les Français vont se massacrer entre eux… Il est très possible que les deux  Pierre Joseph Lapostre soient aux côtés de leur frère durant toute cette dramatique période, Pierre Joseph père, est déjà âgé de 70 ans nous ne pouvons donc pas être assurés qu’il soit sur les barricades avec ses fils. Ils sont alors rue de Flandre, dans le 19e.

Et voilà, nous arrivons à cette terrible journée du 26 mai 1871… l’armée de Thiers ne fait plus de prisonniers, le sang coule à flot… dans la soirée, seuls tiennent encore Belleville, le cimetière du Père Lachaise et les Buttes Chaumont… la foule furieuse exécute une cinquantaine d’otages rue Haxo… dont nous pouvons voir une reconstitution ci-contre, les photos « instantanées » n’existaient pas, mais les protagonistes de cet affreux épisode de l’Histoire de France ont été durablement traumatisés et ont désiré immortaliser les évènements c’est pourquoi il existe un grand nombre de ces montages qui ont été réalisés pour édifier les descendants. 

Phomontage : Insurgés massacrant des otages (4)

Adolphe s’écroule, touché par un projectile indéterminé… son frère Pierre Joseph, peut-être aidé par son frère, l’autre Puerre Joseph et leur père, isole le blessé, qui râle, dans un terrain situé près du pont des Flandres dans la rue du même nom dans laquelle ils se trouvent depuis le début des évènements… il n’y a rien à faire d’autre que de lui fermer les yeux, il décède dans ce lieu sordide à 4 heures du soir.

Les Français vont continuer à s’entretuer quelques jours, les dernières exécutions sommaires seront faites entre les tombes du Père Lachaise… c’est la fin de la semaine sanglante, nous sommes le dimanche 28 mai 1871… il paraît que durant cette seule semaine, 3 000 fédérés tombent sur les barricades, on compte 20 000 exécutions sommaires et 13 450 condamnations dont 270 à la peine de mort et 7 496 à la déportation dont Isidore Petitjean, qui périra lors de son voyage de retour du bagne de Nouvelle Calédonie qui était marié à Clémentine Noyon, cantinière, héroïne de « l’annéeterrible »

Paris est ravagé, il y a des cadavres d’hommes et de femmes dans les rues… les bâtiments sont éventrés, des quartiers entiers sont en ruines…

Le maire du 19e, qui est comme nous l’avons constaté un arrondissement particulièrement touché par les combats, doit ouvrir en urgence un nouveau registre pour noter les déclarations de décès, celui d’Adolphe ne sera déclaré et enregistré que le 31 mai à la mairie du 19e arrondissement, il est dit journalier et époux de Elisa Daisse, les déclarants sont Pierre Lapostre, emballeur de 22 ans qui habite 9 rue Bachelet dans le 18e et le concierge du lieu, le père du défunt, Joseph âgé de 70 ans ; le nom du défunt est devenu Lapostre, certainement parce que c’est ainsi que Pierre l’a pratiquement toujours écrit. Ceci dit, le patronyme de son épouse est écrit Daisse. Mais nous constaterons plus tard que la graphie Lapote sera conservée par les descendants d’Adolphe ; d’ailleurs, il est flagrant que les frères Lapostre-Lapote - du moins les aînés - savent faire la différence puisqu’ils signent Lapostre ou Lapote, en fonction de la personne concernée dans l’acte d’état civil où ils interviennent.

Comme tous les actes parisiens de cette affreuse période, celui qui concerne Adolphe est dit « bâtonné » cependant, la vie continue malgré tout et au moins une naissance va avoir lieu chez les Lapostre pendant cette terrifiante Commune de Paris. C’est ainsi qu’Henriette Leferme a donné la vie, le 30 mars 1871, au 9 de la rue Bachelet, à un garçon prénommé Jules Henri Joseph. La déclaration a été faite par le père du bébé, Pierre Joseph Lapostre, statuaire, qui était accompagné par son père, Pierre Joseph, concierge du lieu, et par son frère, le second fils prénommé Pierre Joseph, emballeur. L’acte de naissance du petit Jules Henri Joseph est aussi « bâtonné ». Cet enfant va connaître la campagne d’Algérie de novembre 1892 à septembre 1895 et la Grande guerre.

L’acte de naissance de Jules Henri Joseph, comme celui de décès d’Adolphe Lapostre et comme tous les actes rédigés lors de ces terribles événements, ont été invalidés et refaits le premier août 1871.

Pierre Joseph Lapostre et son épouse, Angélique Banse, retourne dans leur village natal, à Solesmes, dans le Nord où Pierre Joseph, pour gagner sa vie, est devenu tisseur. Cependant, le 21 septembre 1872, il est présent au mariage de son fils Pierre Joseph, le jeune, emballeur. Angélique Banse n’a pas fait le déplacement, elle a donné son consentement par acte dressé par Maître Brisset, notaire à Solesmes. Leur fils épouse Juliette Félicie Leferme, la jeune sœur d’Henriette Leferme, leur bru,  épouse de leur autre fils Pierre Joseph.

Pierre Joseph Lapostre père, toujours tisseur, décède à Solesmes, le 31 mars 1874, à son domicile de la rue de Selle ; il est probable que, âgé d’environ 71 ans, il ne travaillait  plus réellement et qu’il secondait ou du moins aidait son gendre, tisseur de métier.  C’est d’ailleurs ce dernier, Edouard Lobry, qui fait la déclaration du décès en affirmant que le défunt est le fils naturel de Marie Barbe Joseph Lapostre. Pourtant, lors du décès de sa mère, Marie Barbe Lapostre, survenu le 23 avril 1838 à Solesmes, Pierre Joseph avait déclaré que sa mère était veuve en premières noces de Pierre Joseph Delporte… Cette déclaration interpelle car, effectivement, lors de la naissance du défunt, le 05 novembre 1802àLandrecies, le déclarant était Pierre Laurent Delporte, père de Pierre Joseph Delporte.

Sa veuve, Angélique Banse, est dite fruitière. Elle décède à Solesmes, dans sa maison située rue du Nouveau Monde.

Pierre Joseph Lapostre et Angélique Banse s’étaient mariés à Solesmes, le  08 juillet 1828.

Leur fils aîné, Chéri, né le 20 avril 1829 à Fontaine Au Bois, dans le Nord où Pierre Joseph était horloger, semble s’être très tôt installé à Paris ; en tous les cas, c’est dans la capitale, le 28 septembre 1850, qu’il se marie.

On connaît le destin de leur fils Adolphe, qui semble être venu plus tard à Paris puisqu’il était encore à Solesmes, en 1853, lorsqu’il a épousé Elisa Desse. A la naissance d’Adolphe, le 22 mars 1831, son père était horloger à Solesmes.

Une fille, Augustine, est née à Solesmes le 14 février 1833, chez ses parents, rue du Donjon, comme son frère Adolphe. Il semble qu’elle ne soit pas allé vivre à Paris. Elle s’est mariée le 31 décembre 1856, à Solesmes, avec Edouard Désiré Lobry, tisseurà Solesmes. Augustine est épeutisseuse.

En 1834, à la naissance de ses jumelles qui ne vivront que quelques jours, Pierre Joseph était toujours horloger à Solesmes.

En 1835, vient au monde le premier Pierre Joseph de la fratrie mais il décède le 14 février 1840. La famille habite rue du Pré Brulé et le père est dit simplement journalier.

Arsène voit le jour le 09 mars 1837, mais il décède le 09 juin 1838.

Zéphir nait le 03 juillet 1838, le père est toujours dit journalier et la mère fileuse. Lui aussi va aller s’installer, avec son frère Chéri, à Paris où il épouse, en 1860, Rosalie Nivard. Pierre Joseph et Angélique Banse ne sont as venus, ils ont donné leur consentement au marisage par acte notarié. Adolphe habite alors aussi à Paris.

Arsène est né le 27 septembre 1840 à Solesmes, rue du Pré Brulé, il se marie à Paris le 29 aout  1868, avec Marie Catherine Decaux qui est née à Solesmes. Ils habitent déjà au 9 de la rue Bachelet.

Elmire est née le 09 octobre 1841 et décède le 28 mars 1845, rue du Pont de Selle ) Solesmes ; son père est revendeur.

Joseph, né le 31 octobre 1844, décède le 26 mars 1845, toujours rue du Pont de Selle ; son père est dit marchand de légumes.

Un fils, nommé Emile, voit le jour en 1845 ; il est suivi par Pierre Joseph, que nous connaissons déjà, qui deviendra statuaire et épousera Henriette Leferme.

Pierre Joseph, que nous connaissons également déjà, est né le 27 septembre 1849, toujours rue du Pont de Selle ; ses parents sont fruitiers.

Quel va être la suite de la vie de ces deux frères Pierre Joseph Lapostre et de leurs épouses, les soeurs Leferme ? 

Catherine Livet 

(1)  Tableau de Jules Didier et Jacques Guiaud représentant le « Armand Barbès » qui emmène Gambetta et le « George Sand »
(2) Musée Carnavalet 
CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
(3) Musée Carnavalet CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris
(4)  Photomontage d'insurgés massacrant des religieux pendant la Semaine sanglante. Anonyme , Photographe - Musée Carnavalet, Histoire de Paris PH4142-156 CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris Arts graphiques Photographie Tirage sur papier albuminé Dimensions - Oeuvre :     H : 9,6 cm, l : 14 cm
Sources : Archives de Paris. Archives du Nord.


 

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