Nous sommes à Epône, aujourd'hui dans les Yvelines, sur la rive gauche de la Seine. Au centre du village fortifié se dresse, depuis déjà des siècles, la petite église dédiée à Saint-Béat. Si elle a échappé à la ruine durant la Guerre de cent ans, grâce à une rançon versée, vers 1420, aux Anglais occupant Mantes ; elle a bien souffert, entre 1562 et 1598, la région étant très touchée par les guerres de religion. Les protestants, très présents, sont bien implantés dans le secteur : le duc de Sully est châtelain de Rosny, village distant d'une quinzaine de kilomètres ; un temple a été ouvert à une dizaine de kilomètres, à Limay. Les cloches de l'église de Saint-Béat ont été fondues par les protestants pour être transformées en canon.
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| Le village d'Epône avec l'emplacement de son château (1) |
La période est très difficile à vivre mais certaines familles, bien installées dans le village et dans les alentours, veillent sur les habitants. C'est ainsi qu'en 1562, une fontaine est créée, à l'ouest de l'église Saint-Béat, grâce à la générosité des Thiboust, illustre famille d'Epône dont des plaques funéraires existent encore, au nom de Jacques l'Aîné et en celui de Jacques le Jeune, procureur et receveur du chapitre de Notre-Dame de Paris. Mais, quel est le lien avec les Thiboust qui apparaissent dans la branche des Livet ?
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| Portail du 12e siècle et dalle funéraire du 16e siècle (2) |
Mais qui était Jean Marais ? A-t-il réellement vécu à Epône ou est-il arrivé seulement quelque temps avant de perdre la vie ? En 1672, lors du mariage de deux de ses fils, il n'est pas précisé qu'il est décédé, la même remarque peut être faite au sujet de la mère de ces mêmes garçons. Quel était le rôle de Jean, sa fonction ? Comme nous l'avons déjà remarqué, il n'y a pas que les très assurés paraphes de ses fils pour avoir envie de se poser la question...
En 1639, la maîtresse des lieux, Marie des Fosses - ou des Fossez -, épouse, en secondes noces, d'Henri de Mesmes, transformait son ancienne demeure féodale en château. C'est sa fille Armande, née du premier mariage de Marie des Fosses avec Gilles de Saint-Gelais, qui a hérité de la châtellenie d'Epône. Armande de Saint-Gelais, comme sa mère, comme son père, comme son beau-père, ne faisait que de brèves apparitions à Epône, car la vie de ces personnes se déroulaient à proximité de la royauté... Armande de Saint-Gelais a fait un mariage digne de sa naissance, elle a épousé Charles, duc de Créquy et ambassadeur de Louis XIV à Rome, elle fut même, de 1680 à 1683, première dame d'honneur de la reine de France, Marie-Thérèse d'Autriche... alors Epône était loin des préoccupations de la duchesse, cependant, le domaine d'Epône devait être entretenu, il devait rapporter... Un homme de confiance, un lettré, un honnête homme a donc été nommé pour gérer le domaine d'Epône, il fallait tenir les comptes, payer le personnel, faire rentrer l'argent, embaucher des fermiers, signer des contrats, etc. Il se trouve que Jean Marais "Le Jeune" a occupé le poste de receveur de Madame la duchesse de Créquy, à Epône. Et Jean Marais "Le Jeune" est indubitablement le fils de Jean et de Jeanne Fleuchon.
Il est indéniable que la condition de Jean "Le Jeune" n'est pas née du jour au lendemain, son père, Jean, devait avoir aussi une fonction assez importante et probablement liée à la famille des Fosses ou à celle de Saint-Gelais.
Le patronyme de l'épouse de Jean paraît ne pas être connu à Epône, quelle que soit la graphie retenue... Pourtant, au moins un frère de Jeanne Fleuchon vivait à Epône à la même époque.
Jean "Le Jeune" fut probablement l'aîné de la fratrie. La première trace tangible de sa présence à Epône et de son rang social, que j'ai trouvée, est l'acte de baptême, le 28 juin 1669, de son fils Jean. Son parrain a été Claude Lorée, sieur de l'Espine - Epinay - , son grand-père maternel, et sa marraine Elisabeth Favoul, épouse de François de Launay, aide gobelet de la reine, puis officier de la reine.
Marie, fille de Jean "Le Jeune" est née et a été baptisée le 30 octobre 1671. La fonction de son père n'est pas mentionnée mais le choix du parrain et de la marraine prouve la position sociale de la famille Marais. Le parrain, présent, est Jacques Lorée - probablement un oncle du bébé -, il représente le duc de Créquy. La marraine est Marie Quesnel, la femme de François Cheval qui est maître boulanger à Epône, métier alors très réglementé et donc très difficile à atteindre. En 1700, Marie a épousé Marc Cuvillier, un veuf, commis garde pour les entrées à la route de la conférence, de la paroisse de Saint-Germain l'Auxerrois à Paris. - A dire vrai, je ne sais pas en quoi consiste cette fonction -.
En 1672, le 22 février puis le 05 avril, Jean "Le Jeune" a assisté son frère Philippe puis son frère François lors de leur mariage. Les témoins de Philippe ont été ses oncles, Romain Fleuchon et Guillaume Marais, malheureusement il n'y a aucune indication de leur métier ou fonction ; un autre témoin fut Nicolas Le Coq, patronyme très fréquent dans l'entourage des Marais.
Sébastienne Lorée a porté une nouvelle vie et Jean-Baptiste est né le 20 septembre 1674 et a été baptisé le lendemain. Son parrain a été Jean-Baptiste Lemercier, receveur de Messieurs les chanoines du Chapitre de Paris et sa marraine, Simone Faucheux, fille de Simon, de La Chapelle Saint-Denis. Faut-il en conclure que les receveurs des deux puissances locales - la duchesse et le chapitre de Notre-Dame de Paris - qui se partageaient alors le domaine d'Epône étaient en bons termes ?
A la fin de l'année, le 27 novembre 1674, Jean "Le Jeune" se rend à Goussonville pour assister son frère Guillaume lors de son mariage avec Louise Leclerc.
Le 18 mai 1675, il est témoin du mariage de sa belle-soeur, Mathurine Lorée, avec Gabriel Deslandres, le fils de Nicolas et de Marie Baucher.
Le prénom de la mère a été atribué au bébé suivant. La petite Sébastienne a été baptisée le 21 avril 1677, sa marraine a été Louise Lorée, fille de Claude et son parrain Nicolas Dubois.
La même année, en octobre, Jean a assisté à l'inhumation, en l'église d'Epône, en la place des Lorée, de son beau-père.
Je suis bien contente que la signature de Jean Marais "le Jeune" fut inimitable, elle m'a beaucoup aidée à trouver les actes concernant cette famille dans un registre pas toujours en bon état.
La vie continua et la fratrie accueillit François, né le 03 novembre 1679 et qui a eu pour parrain François Cheval et pour marraine Marie Lorée, mais le bébé est décédé le 03 juin 1680 et inhumé, le même jour, dans l'église.
Un nouveau fils, Jacques a été baptisé le 02 mai 1681, sa marraine a été une fille de Claude Lorée, le père était hôtelier. Le petit enfant est décèdé le 25 juin 1687, il a été inhumé le lendemain au dessous des fonts baptismaux..
C'est encore un garçon qui vient agrandir la famille. René, baptisé le 24 mars 1684, a eu pour parrain M. René Grenard, fils de Nicolas, et pour marraine Marie Delaunay. L'enfant est décédé le 07 mai 1691 et, le lendemain a rejoint son frère Jacques. Le père était alors cabaretier.
Jeanne est née et a été baptisée le 09 août 1687 ; elle a eu pour parrain, son frère, Jean-Baptiste Marais et pour marraine, Anne Le Coq, fille de Pierre. Dans l'acte de baptême, le père fut titré cabaretier. Jeanne est décèdée le 21 janvier 1688 et, le lendemain, a rejoint ses frères François, Jacques et René.
Marie Anne est née le 07 mars 1689, son père serait hôtelier. Son parrain a été Nicolas Laurent, maréchal de Jumeauville et sa marraine Marie Marais, sa soeur.
Le 21 juin 1683, Jean Marais fut témoin au mariage de sa belle-soeur, Marie Lorée, avec Nicolas LAURENT, marchand.
Durant l'année 1684, les décès se sont enchaînés chez les Marais. Le 30 septembre, Louis, âgé d'environ 9 ans, a ouvert la série. Eloy, qui avait été baptisé le 09 octobre 1679, a rejoint son frère le 03 octobre. Pour finir la série de cette année maudite, leur père, Guillaume, âgé d'environ 40 ans, mourut le 24 octobre et fut inhumé le lendemain sous le porche de l'église. Les trois actes d'inhumation se suivent dans le registre paroissial.
La dernière trace de Jean "le Jeune" vivant se trouve dans l'acte d'inhumation de son frère Philippe Marais, à laquelle il assista le 26 mars 1694, Philippe étant décédé le 25.
Puis, le 15 avril suivant, il décèda, titré receveur de Madame la duchesse de Créquy. Il fut inhumé le lendemain en présence de Nicolas Laurent, son beau-frère, et de Jean Marais, son cousin germain.
Sébastienne Lorée lui a survécu jusqu'au 13 juillet 1720. Elle a été inhumée le lendemain, dans l'église d'Epône, en présence de Monsieur Marc Cuvilier, bourgeois de Paris, gendre de la défunte, de Monsieur Adrien Desvignes, lieutenant d'Epône, et de Monsieur Jean-Baptiste LAURENT, procureur fiscal. Elle fut inhumée par Jacques Eustache Chambellan, prêtre licencié en droit civil et canonique, curé d'Epône.
Catherine Livet
Famille Marais :
Sources, bibliographie : Archives des Yvelines
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